Lundi 3 septembre :
Saint Grégoire, une carte de vœux virtuelle et plusieurs mails sur internet en font prendre conscience à Greg.
Nous décidons d’aller faire une balade, mais à 10h00 nous ne savons pas encore où lorsque nous quittons l’hôtel. Un saut à la blanchisserie pour déposer notre linge sale (qu’on ne lave pas en famille) et nous optons pour Zipaquira, la ville du sel, distante d’une cinquantaine de kilomètre.
Le
Petit Futé - Colombie nous dit qu’il est possible d’y aller en bus (un de ces jours on vous parlera des transports en commun) à partir du terminal nord. Notre carte de Bogota (de la taille d’une carte d’état major, et à l’échelle 1 : 30 000 – 1cm =300m) nous indique un « portal Norte », du côté gauche (la quasi-totalité des plans de la ville met le nord à gauche), et puisque nous partons à l’aventure, nous essayons ce portal. Premier trajet en « Transmilenio », bémol à mettre au chapitre à venir sur les transports en commun, un réseau de bus à soufflet (rouges) circulant sur des voies réservées, qui s’avère aussi, voire plus, efficace qu’un métro.
Nous débarquons au Portal Norte en nous étant assurés qu’il s’appelait également Terminal Norte ; une longue file hétéroclite de bus s’étire le long de l’avenue (qui est en fait une autoroute à 2 fois 3 voies). La présence d’un supermarché nous décide à y acheter de quoi nous composer un pique-nique, on ne sait pas si on trouvera un magasin à Zipaquira ou même éventuellement une petite gargote.
Les courses se font rapidement et nous avons la joie de trouver du camembert (cocorico, parce que les Colombiens n’ont pas l’air d’être fanas fromage, et qu’on ne trouve qu’un ersatz de mozzarella ou de cheddar). Il semble que les caissiers soient plus ou moins en grève, vu leur rythme de travail, mais nous réussissons finalement à nous extirper du magasin, et nous sommes alors alpagués par une horde de rabatteurs nous demandant notre destination. Ayant été harponnés par l’employé d’un bus se rendant à Zipaquira, nous montons à bord d’un véhicule à peine imaginable, d’un modèle improbable, à la propreté moins que douteuse, orné de dentelles et de fanfreluches à pompons, mais protégé par les inévitables images pieuses et statues de la Vierge. Nous nous installons aux seules places libres, c'est-à-dire tout au fond, en espérant que les enfants ne serons pas malades.
Dès le démarrage, le conducteur annonce la couleur : Fangio à côté de lui, c’était de la roupie de sansonnet (L'étourneau sansonnet - Sturnus vulgaris - est un oiseau passereau - appartenant à l'ordre des Passériformes - de la famille des sturnidés, originaire de la plus grande partie de l'Eurasie). Accélérations, coups de freins, changements de file impromptus dans un trafic ultra dense, nous comprenons l’impérieuse nécessité des représentations de saints.
Grégoire confectionne les sandwiches, en tentant de maintenir à distance un Roch plus affamé que jamais et qui se rue littéralement sur le pain de mie, tout en composant avec les mouvements désordonnés qu’effectue le véhicule du fait de la conduite sportive du chauffeur. Bertille, comme à son habitude lorsqu’elle monte dans un véhicule automobile, s’endort immédiatement.
Sur le trajet, entre Cajica (4°55’13.51’’N - 74°01’37.95’’O alt. 2558) et Zipaquira (5°01’38.41’’N – 74°00’34.86’’O alt. 2668m), pour vous situer, nous apercevons une grande et belle statue de Saint Roch (c’est suffisamment rare pour être souligné).
Arrivés à Zipaquira, nous nous rendons compte que le petit pueblo de peones de notre imaginaire est en fait une ville de 84 077 habitants (en guise d’épicerie où on peut acheter une vilaine farine de maïs coupée à la sciure par des propriétaires terriens tenant les campesinos sous leur coupe, il y a un grand Carrefour, nous sommes donc très très loin du cliché).
Sitôt débarqué du bus, nous partons à la recherche de la cathédrale de sel, but de notre périple du jour. Normalement, une cathédrale, dans une ville de 80 000 habitants, ça se remarque, grâce à ses flèches ou à ses tours ; celle qui nous intéresse est souterraine, et donc pas vraiment visible. Parmi les 4 directions qui s’offrent à nous, une descend, deux sont horizontales, parallèles aux courbes isométriques, la dernière monte franchement. Pas de bol, c’est par là qu’il faut aller.


Brève halte par la place centrale (assez pittoresque au demeurant), bordée par de vieilles maisons aux longs balcons décorés, par la mairie et par une cathédrale, bien visible celle-là; Bertille et Roch se lancent à la poursuite des pigeons qui ne sont pas plus bêtes qu’ailleurs et s’envolent avant d’être attrapés.

Toujours plus haut, telle semble être la devise paradoxale de la cathédrale enterrée, et nous retirons progressivement quelques couches de vêtements, que nous faisons renfiler quelques secondes plus tard aux enfants parce que le soleil vient d’être caché par un nuage. Une deuxième halte à la cafétéria fermée, de nouveaux efforts, quelques volées d’escaliers en portant la poussette et nous y sommes.
Un café à la buvette-point-de-vente-des- tickets se révèle être un « tinto », jus de chaussettes au mieux insipide et au pire imbuvable. Il est dommage de produire l’un des meilleurs cafés du monde pour en faire ça ; faudra pas que « El Gringo » compte sur nous pour crier qu’il est bon son café.
La cathédrale de sel est considérée par les Colombiens comme une nouvelle merveille du monde, c’est un lieu de pèlerinage très fréquenté.
Pour la partie purement culturelle, nous vous invitons à vous reporter à l’adresse suivante, c’est intéressant :
http://www.catedraldesal.gov.co/
La visite est très bien organisée, lieu vraiment insolite. 1,5 km de galeries souterraines dans un sens, autant dans l’autre, que Bertille effectue sans renâcler, alors que Roch qui s’est endormi dans sa poussette pratiquement dès l’entrée ne se réveille qu’à 200m de la sortie.
Odeur de souffre, sol assez irrégulier, découverte d’une coupole de sel représentant le ciel et la terre, chemin de Croix très symbolique, nos pas nous mènent jusqu’à la cathédrale elle-même, à plus de 100m de profondeur, capable d’accueillir 4000 fidèles.
La « catedral de sal » originelle a été construite entre 1950 et 1954 dans des galeries exploitée deux siècles plus tôt (les Indiens extrayaient déjà le sel sur ce site à l’époque précolombienne). Longue de 120m, haute de 22m, d’une superficie de 5500m², elle pouvait contenir 8000 personnes mais elle a été fermée en 1990 en raison de problèmes structurels. La nouvelle cathédrale de sel a été creusée entre 1991 et 1995 à 60m sous la première, plus petite (elle ne peut accueillir que 4000 fidèles).
Une croix de 16m sur 10m surplombe l’autel (c’est la plus grande croix souterraine du monde), et du plus loin qu’elle puisse être vue (100m environ), elle apparaît cylindrique et très proche.

En fait il faut être à son pied pour en découvrir le secret.

Elle est taillée en creux.
Vue l’heure à laquelle nous sortons nous décidons de zapper la visite du musée de la saumure pour ne pas rentrer trop tard à Bogota. Un conducteur de taxi super sympa nous conduit illico jusqu’au dépôt de bus et nous permet d’attraper un bus moderne et confortable.
De retour au Terminal Norte, nous attrapons le premier transmilenio qui passe et ne tardons pas à découvrir avec effroi qu’il ne s’arrête pas à toutes les stations ; avec un peu (beaucoup) de chance il va stopper à l’intersection avec la 127ème (la calle qui nous amène chez nous) ; que nenni, ni à celle là, ni à la suivante, ni aux deux prochaines…nous filons vers le sud et nous pouvons sortir du train fantôme au niveau de la 86ème. Sur le quai nous découvrons qu’il existe des expressos (du type que nous venons de prendre) et des omnibus s’arrêtant partout (les parisiens connaissent ça avec le RER, mais nous n’imaginions pas que ça avait été exporté).
De retour à « la casa », Roch dit son premier merci spontanné (petit geste de la main assorti d’un « assi » lorsqu’on lui donne quelque chose), puis son premier « Maman » au lieu de « Mama », et dit « encore ! »lorsqu’on le lance en l’air (que les mamans qui nous lisent se rassurent, c’était avant le dîner).Au moment de se coucher, Bertille demande pour la première fois un baiser à son papa. Un peu plus tôt elle a appelé son frère « Roch » et non plus « Daniel ».
Le lendemain, notre journée doit débuter de très bonne heure; dodo temprano.